Icare

Comme un soleil. De celui qui nous réchauffe les os, lorsque notre ardeur usée par le labeur, les ténèbres et la douleur, s’est éteinte, lorsque, comme après un trop long hiver, nous ne sommes plus que frissons. Elle s’était élancée, je la suivais, envoûté ; je n’étais plus très loin, je pourrais peut-être la rejoindre et alors je me consumerai en une ultime flamboyance.

Elle allait vers le soleil quand moi j’allais vers le mien. Elle hésitait un peu, tenant la rampe. Elle savait qu’il pouvait être dangereux de le rejoindre, et même si un vent frais balayait son visage, une sourde chaleur commençait à l’envahir. La-haut elle se fondrait dans l’immensité du ciel, et quand elle le rejoindrait, quand ils seraient là-haut, deux soleils évanescents, elle serait transportée, son visage baignerait dans une lueur à nulle pareille, fine et limpide, une lueur absolue, douce et soyeuse.

J’attaquais les premières marches, il ne me fallait pas abandonner. Je pouvais rivaliser, la détourner de l’astre, la distraire un instant. Et alors je lui montrerai mes poèmes, de ceux que je fais d’ombres et de lumières. Je lui raconterai des histoires faites de détails si fins et de romances si pures, de regards entrecroisés et de paysages merveilleux. Je lui parlerai de cet endroit où tout est dans le regard, le regard et l’instant. Il me fallait poursuivre si je voulais la capturer.

Elle se rapprochait encore de lui, elle irradiait maintenant. Plus lumineuse que jamais, elle était mon phare, mon repère dans l’ascension. Je déclenchais, malgré cette fièvre qui me gagnait l’esprit et la tête lourde des senteurs de l’été jaillissant.

Et puis, elle arriva sur la plate-forme, j’eus alors l’énergie du forcené, je me précipitais, je voulais être là. Peut-être m’avait-elle senti derrière elle, peut-être m’attendait-elle ? Ah cette fièvre, voilà qu’elle m’accable de ses hallucinations ! Ah cette fièvre, voila qu’elle me soumet à ses délires ! Bien sûr, elle sera là-haut, mais elle ne me regardera pas, elle aura le visage tourné vers l’astre, s’abreuvant de sa force, se délectant de la chaleur de sa morsure sur sa peau si tendre.

Je ne renonçais pas. J’arrivais.

SourireElle était là et contre toute attente elle m’offrit alors son regard, son regard et un sourire. Je déclenchais encore pour me laisser envahir par l’émotion. Et même si je sentais que le soleil lardait mon dos des mille piques de sa vengeance, je ne me détournais pas.

Je restais longtemps ainsi, certainement des poussières de secondes dans la lueur de mon étoile. Des poussières de secondes dans la contemplation, et tant pis, si je devais, comme Icare, ne jamais me remettre de m’être approché si près. S’il en avait perdu les plumes, je risquais bien d’en perdre la vue.

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