Ovatio

J’étais un général victorieux qui voyait enfin son arc de triomphe. Là-bas, il était immobile, n’attendant que mon passage.

J’imaginais alors une foule rassemblée qui acclamait son explorateur des contrées lointaines ; cet explorateur qui revient d’un si long voyage, et les yeux toujours éblouis des splendeurs encore ignorées par beaucoup, ne peut croire avoir atteint son but. Victime d’une cécité bien étrange qui accable celui qui en a pourtant trop vu, je restais un instant interdit.

Alors qu’il ne me restait que quelques mètres, j’hésitais maintenant.

Je percevais en effet, sous ses hourras doucereux, comme une hostilité sournoise, embusquée, et tapie dans le tréfonds d’une vieille rancoeur. Qu’était-ce donc ? Comment oserai-je alors sortir de ces frêles bosquets qui n’étaient cependant qu’un abri dérisoire contre les quolibets que j’entendais monter ?

J’avançais. Nul tambour, ni trompette. Pas davantage de couronne de laurier. Je marchais tête courbée et subitement je n’étais plus ce Trajan magnifique, à peine un piteux Henri IV du Saint-Empire se rendant à Canossa. Le silence avait laissé place à la clameur. J’étais désorienté, je ne comprenais plus.

un banc dans une alléeLa tête me tournait. Il me fallait certainement m’asseoir pour reprendre mes esprits embrumés. J’avisais alors un banc, que la pluie fraichement tombée avait recouvert de milles gouttes, de perles d’eau à la nacre si pure. Je pourrais m’y arrêter, la fraîcheur conservée par cet auguste siège me permettrait de lutter contre les assauts redoublés de la migraine qui m’avait assailli. Les bancs ne sont-ils pas des paragons d’hospitalité ? Celui-ci, fidèle à une tradition millénaire, ne pourra pas me refuser asile !

Je m’approchais de lui et, comme à mon habitude, lui fis quelques révérences : à celui qui garde votre arrière, il convient en toutes circonstances de rendre quelques hommages. Aussi, et avec humilité, je m’abaissais à sa hauteur, faisais ma mise au point et déclenchais.

Je m’assis, fermais les yeux et puis le blanc. Nul noir ténébreux, ni gris vespéral que du blanc, aride et sec, un blanc sans matière ni saveur.

Alors je rouvris les yeux et la réalité revint.

Il n’y avait ici aucun empereur romain et pas davantage de pape courroucé. Juste quelques poutres symbolisant une arche au bout d’une promenade bordée de bancs. Une promenade et son promeneur solitaire,  affublé de son appareil photo, un promeneur matinal et à l’imagination décidément fertile.

 

 

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