Revoluçion

Vichy a la réputation d’être une jolie ville et présente malicieusement l’avantage d’être à quelques encablures de la maison. Aussi, quand ce samedi matin-là, l’aimable patron du laboratoire photographique auquel je confie mes pellicules noir et blanc me donna le dépliant du festival photographique Portrait(s), je me dis que ce serait une belle occasion de découvrir cette ville au charme suranné qui m’était encore inconnue. Je pris le dépliant sans y prêter plus d’attention pour l’instant, le glissai dans mon sac avec mes tirages et vaquai aux nombreuses taches qui me restaient encore à finir en cette matinée chargée.

A l’heure du repas, à ce moment de repos et de partage, me revint le souvenir du dépliant. J’en parlais à Marie et nous nous mîmes à regarder plus attentivement ce que proposait la troisième édition de ce festival.

Nous eûmes – enfin surtout moi, je crois – l’agréable surprise de découvrir qu’une expo en bord du lac d’Allier était consacrée à Elliott Erwitt. Il ne faisait alors plus aucun doute que la balade serait pour bientôt, tant Elliott Erwitt est un des mes photographes favoris… En vérité, elle fut pour le lendemain !

Nous partîmes tous les trois donc, en ce dimanche matin ensoleillé, et nous dirigeâmes directement vers l’expo d’Elliott Erwitt. Nous verrions en effet d’abord celle-ci et, si nous avions le temps, verrions les autres, réparties dans la ville, ensuite. De toutes façons, nous savions que nous pouvions revenir un autre jour si besoin.

Adele sur le parapet refusant d'en bouger
Têtue

Arrivés à un parking à proximité du lac d’Allier, nous commençâmes à sentir poindre chez Adèle une forme de contestation : elle n’était pas d’accord pour aller dans la poussette, elle voulait marcher ; elle n’était pas plus favorable à nous donner la main et nous dûmes user de répression quand il eut s’agit de traverser la route. Enfin, nous fûmes sur la promenade mais alors Adèle n’était plus encline à avancer. Elle s’installa sur le parapet et notre insistance ne changea rien à son entêtement.

La visite paraissait compromise et, même si nous parvenions à voir l’expo Erwitt, la perspective de profiter des autres s’éloignait aussi vite que ma bonne humeur qui m’avait pourtant jusque-là accompagné. Je cédai alors à l’égoïsme et commençai à profiter des premiers cadres exposés en plein air.

De temps en temps, je jetais un coup d’oeil en arrière et voyais Marie se débattre, d’une main d’une conversation téléphonique impromptue – pour ne pas la qualifier de malvenue – et de l’autre d’une petite fille qui avait résolument décidé de ne plus avancer d’un pouce.

Cette soudaine révolution commençait sérieusement à me contrarier… C’est à ce moment que je me retrouvai en face d’un portrait du Che et que je me mis en tête de passer mon agacement à prendre quelques photos du guerillero. La chose faite, et il faut en convenir un peut à bout de n’avoir fait que quelques dizaines de mètres en vingt minutes, je fis alors marche arrière pour tenter de faire cesser cette félonie*. Après quelques négociations ardues, et grâce à la diplomatie de son admirable mère, nous arrivâmes enfin à convaincre la demoiselle d’aller plus avant.

Adele croise le regard d'une dame assise sur un banc
Hautaine

Nous pûmes alors profiter d’une délicieuse promenade en bord de rivière agrémentée des remarquables photos d’Elliott Erwitt dont quelques rares ne m’étaient jusqu’ici pas connues, notamment celles en couleur. Certes, il y eu encore quelques soubresauts car une rébellion, même durement matée, ne s’arrête jamais subitement.

Il y eu ainsi des arrêts un peu longs, des regards hautains, des colères subites mais au final nous passâmes un très bon moment et nous arrivâmes même ensuite à aller voir quelques unes des autres expositions que propose la ville.

 

Et, à la fin, puisqu’il faut une morale, cette aventure montre qu’il faut savoir, en tout temps, appliquer l’une des maximes prêtées au Che :

Il faut s’endurcir sans jamais se départir de sa tendresse

Ernesto Che Guevara

*A ce moment de l’histoire, je dois concéder avoir eu quelques remarques désobligeantes à l’égard de Marie à qui je ne pus m’empêcher de reprocher d’avoir entamé une conversation téléphonique à un moment si crucial… Et je lui sais gré de ne pas me tenir rigueur de cette impétuosité si détestable.

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