Skate battle

Comme je l’ai dit dans l’à-propos de ce site, mon objectif ici n’est pas de parler technique mais d’arriver à susciter une émotion ou la curiosité. Parfois, pourtant, la technique joue un rôle essentiel dans le choix du traitement de son sujet. Faire des photos dans un skate-park est, pour moi,  un bel exemple de cette influence de la technique sur l’acte photographique.

Je vous ai déjà raconté ce parc que les enfants apprécient et où nous nous rendons souvent. Il y a dans ce coin de verdure arboré, au fond, un park dans le parc : c’est un endroit où rollers, skate, trottinettes, bmx se côtoient, souvent dans la bonne humeur même s’il est vrai que de temps en temps des noms d’oiseaux volent. Au printemps, les enfants se sont achetés des trotti et réclament donc souvent que nous nous y rendions. A chaque fois, je prends évidemment un appareil photo.

Jusqu’à récemment je n’utilisais que des appareils à autofocus, que je pouvais certes débrayer en manuel, qui me permettaient de faire des mises au point rapides et surtout continues et capables de suivre les mouvements. Et puis, j’ai fait l’acquisition d’un appareil dépourvu d’autofocus et où tout se joue certes à l’oeil, mais aussi et surtout, à la main.

Ce jour-là, j’avais donc cet appareil manuel et ma façon de photographier a été différente, radicalement différente. Je n’étais plus concentré sur les mouvements mais sur les attitudes. Il serait évidemment faux de dire qu’avec un appareil à autofocus, on ne peut pas être attentif aux attitudes mais on cède souvent à la facilité du mouvement. On se précipite, l’appareil crépite, on mitraille et l’appareil tire en rafale ! Pas très pacifique tout ça mais tellement tentant  en photo de sport.

L’attitude donc. J’étais concentré sur l’attitude des enfants. Il avait plu quelques heures auparavant et le sol n’était pas tout à fait sec. L’inquiétude se lisait dans le regard des pratiquants, leur foi dans la lecture du bitume vacillait parce qu’il vrai que cela pouvait « méchamment » glisser.

Eloi qui est souvent à l’arrêt, à l’observation des autres, de ce qu’ils font ou de ce qu’ils disent, l’était encore plus car quelques chutes sans conséquence avaient refroidi son ardeur. Je fais donc la mise au point sur lui, calmement, et ouvre mon cadre dans le sens de son regard. Il regarde un  autre enfant qui arrive en roller. Soudain, ils sont là tous les deux dans mon viseur, lui et l’autre. La lumière est belle. Le jeune garçon est presque à l’arrêt, leurs regards se croisent et les enfants ont l’air de se défier. L’instant va être éphémère, je le sais : je déclenche. Prise 1.

Des enfants sur un skate parkQuelques instants plus tard, je suis occupé à suivre les filles. Jeanne et Maud font quasiment de la promenade, toute témérité a disparu dans un environnement bien trop humide pour être velléitaire… Je m’accroupis, fait ma mise au point sur Jeanne qui est à l’arrêt, une jeune fille arrive pour haranguer ses copines et va m’offrir un premier plan idéal. A ce moment, tous les regards sont tournés dans la même direction, celle où quelques instants avant les deux garçons semblaient se jauger. Je déclenche. Prise 2.

Ensemble ces deux photos, c’est West Side Story : les garçons s’affrontent sous le regard des bandes rivales et surtout des filles des bandes rivales !

Bien évidemment, de tout ça, rien n’est réel. Nous sommes sur un skate-park. Il ne s’agit ni des Jets ni des Sharks et le drame n’arrivera heureusement pas. Ce sont justes deux photos, deux instants éphémères qui peuvent nous raconter cette histoire d’un affrontement ordinaire ou une autre.

 

 

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