Nostalgie de la lumière

Il pleut, tant et tant.

Cette bruine est si laide qu’elle ne donne envie de rien. Quant à la terre, détrempée, elle hurle son désespoir dans des larmes de boue qui inondent tout. Les gouttes s’accrochent désespérément aux arbres  avant de dégringoler bruyamment dans le silence d’un dimanche sans fin.

L’appareil n’est pas sorti depuis longtemps. Bientôt nous serons remis sous cloche, accompagnés de quelques sachets de naphtaline pour ne pas finir rongés, dévorés de l’intérieur par les mites affamées de nos dépressions.

Heureusement, il me reste la nostalgie.

un arbre poussant dans l'eau
Des racines submergées d’eau

Alors, je me replonge dans mes photos, espérant y puiser un peu de l’énergie qui me manque quand la lumière s’est enfuie.

J’entr’aperçois celle-là, bien sombre, qui correspondrait bien à l’ambiance du jour. Je lutte contre cette mélancolie naturelle qui m’étreint trop souvent. Elle ne m’emportera pas aujourd’hui.

Je repars à la recherche de la lumière. De la lumière et des contrastes, voilà ce que je suis venu chercher dans ma collection de photos toujours plus nombreuses. Elles sont si nombreuses ; et pourtant trop rares sont celles qui feraient de moi le photographe auquel j’aspire. Gribouillage de pixels sans émotion, elles ne servent qu’à remplir des octets de disques durs, ogres numériques de mes déclics compulsifs.

Je vais, dans le dédale de mes fichiers, vers le lac. Je sais qu’au lac, j’ai eu souvent du soleil, je m’en souviens. Il y aura de l’eau aussi, c’est certain. Mais elle sera déjà à terre, inoffensive et contenue.

Celle-ci me plaît bien.

J’aime ce ciel contrasté, cette plage avec des gens qui s’y promènent, ces tâches de lumière, ces arbres majestueux. Elle a un côté Harry Gruyaert ; le talent n’est certes pas le même mais elle m’y fait penser, surtout après que je lui ai rajouté ce grain argentique.

Oui, elle me console cette photo, elle m’inspire. Je pourrais même peut-être en faire un texte pour mon blog. Cela tuera le temps et qu’importe l’éternité.

Comme si l’on pouvait tuer le temps sans en aucune manière meurtrir l’éternité.

Henry David Thoreau

Walden

 

N.B. : le titre de ce billet est emprunté au magnifique film/documentaire de Patricio Guzman – Nostalgie de la lumière – accessible en VOD sur la plate-forme Universciné

Leave a Comment

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *